AUTEURS CALEDONIENS
Posté le 15.01.2008 par parolesducaillou
xtrait
« Peut-être est-ce depuis ce temps là que, parfois, seule aux champs, j’entends les voix de la Terre. Ces voix de la Terre, enseignait donc ma grand-mère Utê Mûrûnû, n’étaient autres que celles de la mère, celle de la femme. Et elles s’adressaient en premier lieu à nous les femmes qui, mieux que personne, pouvions les comprendre. Porteuses de semences, nous étions lardées d’interdits, marquées de tabous comme autant de pierres pour obstruer la vie. [..] Ädi, perles noires du mariage coutumier, nous étions échangées comme autant de poteries scellant une alliance entre deux guerres. Voies et pistes inter claniques, nous survivions tant bien que mal à nos enfances et à nos pubertés trop souvent violées par des vieillards… »
« Peu après le retour à la terre de notre grand-mère Utê Mûrûnû, qui s’éteignit au tout début de ce siècle, nos pères et nos grands-pères m’accompagnèrent chez nos utérins de l’autre coté, pour m’offrir à l’un de nos vieux cousins, polygame dont je devins alors la plus jeune des femmes. [….] J’étais à peine pubère et aucun garçon ne m’avait approchée. Les grands-mères, tantes et soeurs aînées qui étaient là, les premières épouses, se chargèrent de parfaire mon éducation. […] Les unes et les autres me nourrissaient, m’épouillaient, me soignaient. Les unes et les autres m’ordonnaient les tâches quotidiennes, m’emmenaient aux champs, m’initiaient au tissage et à la
vannerie, m’apprenaient les récits du clan, les chants et les danses de femmes. Ce fut la plus vieille d’entre elles […] qui m’accompagna au fil des nuits dans la case de notre grand cousin. »
--
Posté le 12.03.2008 par parolesducaillou
"Tout ici déracine l'être de lui-même ;
le silence profond, la solitude
où la pensée frappe de ses ailes les sommets tourmentés des montagnes ;
tout cela vous emporte loin, bien loin de votre existence."
Posté le 15.01.2008 par parolesducaillou

Ce poème a été lu par l’auteur lors de l’ouverture au public du Centre culturel Tjibaou le 16 juin 1998, en présence de Marie Claude Tjibaou, Emmanuel Kasarherou, Octave Togna, de l’ensemble du personnel de l’A.D.C.K, et du public.
Peuple d’ici
le courant familial
m’a déposé sur votre rivage
en retour de mes empreintes sur le sol
recevez ces mots écrits
qui sont mon visage et ma parole
en parcourant le pays kanak
c’est aux champs à la case et aux gestes
que mon cœur et mon esprit
se sont ouverts
je viens à vous découvert
les pieds nus
et libre
acceptez mon don qui est signe
de reconnaissance
Il est au cœur de tout ce qui vit
une énergie sans nom
qui prend sa source nulle part
elle guide à travers le monde
jusqu’au cœur de hommes
les racines du grand arbre
elle guide à travers l’océan
les vents et les courants
jusqu’aux rivages des hommes
elle guide et porte en toute occasion
le pas des hommes justes
S’il nous était donné de pouvoir le faire
nous nous inclinerions chaque matin
remerciant le ciel de sa présence
saluant cette énergie sans nom
de nous tenir droit sur la route
Aujourd’hui nous demandons aux hommes
de notre pays
d’être clairvoyant
tant de faux savoir de connaissances sans usage
tant de paroles mensongères
nous ont conduit à ignorer la vie
celle qui courent dans les vallées
Amoa Tipindje Hienghène
je vous entends
ici vous êtes
ici vous vous donnez
ici vous irriguez le monde
Aujourd’hui nous disons aux hommes
de repousser toujours plus loin
la peur et le refus de l’autre
Aujourd’hui je me tiens debout
mes pieds se couvrent de terre
et mes racines viennent de très loin
elles ont, à travers l’Europe
reçu la force de parcourir l’océan
elles ont en de multiples directions
parcouru votre terre
voici mon visage voyez-le
je suis autre et je suis d’ici
je suis différent des hôtes
dont la terre et le sang m’ont accueilli
A vous kanak je clame
votre terre m’accueille une nouvelle fois
son souffle me transforme
je viens là dire ma reconnaissance
Enfin nous voyons se dresser
le geste kanak de l’énergie sans nom
après tant d’épreuves
tant d’ignorance et d’orgueil
je dis mon attente
que ce geste révèle un sentier nouveau
du cheminement au rythme des conques
La parole est là
attentifs
soyons humbles nous qui trop souvent
croyons dominer le monde
osons l’ignorance et le vide
la disponibilité
que la parole kanak fasse son chemin
de l’esprit et du cœur
Nous
accueillis ici
franchissons les portes
laissons au-dehors les milles démons
le lieu est ouvert
laissons au-dehors les mille démons
un homme se tient au seuil
près de lui les formes et les noms
visages et connaissance de l’univers
l’appel de la conque trouve les coeurs
du pays tout entier
nous serons là
à la rencontre de
l’autre.
Posté le 15.01.2008 par parolesducaillou
WAMO Tan Paul, originaire de Nang, Lifou, né le 9 novembre 1981 à la tribu de Xepenehe.
Ne jamais abandonner le bout de son chemin
Ne jamais se dire que ça ne sert plus à rien
Le suivre demain puis après-demain puis après-après demain
Le suivre comme un fou qui aime le jour
Avançer même quand le ciel nous tombe sur la tête
Espérer toujours qu'un jour l'amour vaincra la bête
Croire encore et encore croire que le coeur n'est pas mort
La nuit viendra d'abord
Puis le jour plus resplendissant effacera nos torts pour nous rendre plus fort
Ne jamais abandonner le bout de son chemin Le suivre comme un fou qui aime le jour
Le suivre comme un fou qui croit toujours qu'il arrivera jusqu'à la fin
Posté le 15.01.2008 par parolesducaillou

La pièce, écrite à « deux mains », propose de revisiter l'histoire néo-calédonienne qui s'ouvre, avec l'arrivée de James Cook , sur la rencontre des peuples kanak et européens. Le texte pose la question des enjeux actuels nés de ce choc culturel et notamment des permanences culturelles et de la citoyenneté calédonienne.
Extrait :
Marco : "Mon capitaine, ce pays est la plus belle de toutes les colonies que vous avez découvertes, elle est magnifique, et romantique aussi. Vous entendez les bruits des vagues comme un éternel ressac qui se brise contre les parois des rochers, les vagues déferlent sur les plages et déposent sur les sables blancs des milliers de mystères pour nous témoigner de leur histoire.Les marins chantent en anglais un air ancien.« We have sung well, God is with us, I swear it to you, this is a virgin land where no man has trampled the ground afore us. Look again, raise your eyes on these mountains, set your eyes on this water and what it contains, we have arrived after a thousand perils, let us act as we have to.»
Cook: « Le sauvage, c'est moi le civilisé. Je viens offenser la tranquillité des peuples, troubler le sommeil des terres, interrompre l'harmonie des hommes et de leurs voisins les animaux, piétiner les plantes et les herbes médicinales, assassiner les arbres par le feu, troubler l'eau dans son sommeil éternel, déranger les dernières prières des vieillards dans les galeries des roches,(..) Je refuse d'être un assassin, et néanmoins je suis un imposteur ».(..)
Kanak 1: "Quoi maintenant ? Le jeu est terminé, on va se reposer. Ton mari doit préparer ses plans d'investissement, Princesse Lotha. Et maintenant. C'est de nous dont je parle.Pour l'instant, on n'a pas notre mot à dire. Il nous faut trouver notre route au milieu de ce scénario.Dans quelle histoire avons-nous joué ? A-t-on tous joué dans la même histoire ? Entre les dieux invisibles, visibles de temps en temps, qui viennent et repartent, qui sont inefficaces, qui supportent qu'on les tue une fois par an, et ces autres dieux, qui pensent haut et fort, qui pensent toujours juste, de qui nous ne récoltons que des miettes de fruits. J'ai des doutes, beaucoup de doutes."
Posté le 15.01.2008 par parolesducaillou
Editions Grain de Sable Jeunesse et Centre Culturel Tjibaou
Méyénô est le deuxième album d'une série de contes kanak contemporains,illustrant l'émergence d'une littérature destinée à la jeunesse calédonienne.
Réséda Ponga est originaire de Kouaoua et est née le 31 mai 1978.
Dans ce conte, elle récite l'histoire de ce petit garçon, du pays du ruisseau, qui est trés curieux, son nom signifie d'ailleurs celui qui "recherche la parole". Son grand père répond à ses questions mais pas à toutes. Aussi l'enfant suivra t il la rivère pour aller jusqu'à la mer pour chercher ses propres réponses.
Les thêmes abordés sont universels d'après Réséda Ponga mais on les retrouve particulièrement dans la culture Kanak : tout d'abord l'eau, la source de la vie, la volonté de méyénô, d'aller vers la mer qui représente dans cette culture le séjour des morts. "La mort n'est pas tragique pour nous Kanak" dit Réséda Ponga. "Il y a différentes façons de voir la mort. Dans le cas de Méyénô il y retrouve son grand père".